Accéder au contenu principal

Protectionnisme culturel

Il faut, comme le soulignent très justement Elisabeth et Gil, rendre hommage à l’âge d’or de Montparnasse, ces années folles durant lesquelles Paris fût, l’espace d’un trop bref instant, la capitale mondiale de la culture. C’était, nous dit-on, avant que l’art ne soit rattrapé par la « mondialisation marchande », qu’il soit « délivré de tout ancrage national » et qu’il s’adapte au goût de l’élite hors-sol. C’était l’époque bénie, donc, où le génie français bien de chez nous rayonnait sur le monde des arts.

Jugez du peu : durant ces années 1920, à Montparnasse, on croisait l’élite de la peinture française avec Pablo Picasso, qui fût l’un des premiers à s’y installer, mais aussi ses compatriotes Salvador Dalí, Joan Miró, Juan Gris, Pablo Gargallo ou Julio González. Avec un peu de chance, vous pouviez aussi rencontrer Ossip Zadkine, Marc Chagall, Chaïm Soutine, Michel Kikoine ou Pinchus Kremegne ; tous originaire de l’actuelle Biélorussie. Il y avait aussi des russes comme Marie Vassilieff, Grégoire Krug et Léonide Ouspensky, des polonais (Moïse Kisling), des lituaniens (Jacques Lipchitz), des roumains (Constantin Brâncuși), des bulgares (Jules Pascin), des suisses (Blaise Cendrars et Alberto Giacometti), des italiens (Amedeo Modigliani), des britanniques (Ford Madox Ford et Nina Hamnett), des irlandais (James Joyce), des autrichiens (Wolfgang Paalen), une bordée d’américains (Ezra Pound, Henry Miller, Man Ray, Gertrude Stein, Edith Wharton et même, brièvement, Ernest Hemingway), des mexicains (Diego Rivera) et même un japonais (Tsugouharu Foujita).

Cette liste non-exhaustive que je vous laisserai compléter à votre guise prouve, je crois, de manière tout à fait concluante que le Paris des années folles était bien un produit culturel on ne peut plus français — du vrai mâde in France à marinière. Dès lors, nous conviendrons tous ensemble que le seul moyen de ressusciter cette époque bénie consiste à l’arracher des griffes de l’élite apatride et mondialisée qui l’a marchandisée : fermons nos frontières, subventionnons l'art français et boutons les envahisseurs hors de France.

Commentaires

  1. Robert Marchenoir28/07/2014 14:44

    C'est évidemment un sophisme, et pas des mieux dissimulés.

    Puisqu'à l'époque Paris était la capitale des arts, et que parmi les artistes connus figuraient beaucoup d'étrangers, alors une politique d'immigration de masse amènerait aujourd'hui un formidable jaillissement de créativité artistique.

    On se demande bien ce qui vous permet d'écrire que la créativité artistique des années vingt est dûe à la nationalité étrangère de plusieurs de ses acteurs.

    Selon le même raisonnement, puisqu'à l'époque on se chauffait essentiellement au charbon, le ministère de la Culture devrait, de façon urgente, subventionner les poêles à charbon. Sans nul doute, de nouveaux Soutine (artiste mineur s'il en fut) surgiraient alors de nulle part.

    Je vous signale par ailleurs qu'à l'époque, les règles concernant l'immigration étaient infiniment plus restrictives qu'aujourd'hui (ce qui n'est pas bien difficile).

    On serait donc fondé, selon votre imprudente méthode, à rendre au contraire l'immigration plus difficile, pour rendre Paris plus attractif aux artistes étrangers de talent.

    Vous oubliez ce léger détail que les artistes sur lesquels vous vous appuyez pour vanter l'immigration de masse sont européens, russes ou américains et de culture chrétienne, alors que l'immigration actuelle est surtout africaine, asiatique et de culture musulmane.

    Favoriser l'essor de l'islam en France ne me paraît pas l'idée la plus intelligente pour encourager la création artistique. Les femmes nues peintes par vos bonshommes du Montparnasse des années vingt ne sont pas particulièrement bien vues de l'immigration contemporaine dont vous nous chantez les louanges. Pas plus que les hectolitres d'alcool qu'ils s'enfilaient à la terrasse de la Rotonde, ou la tripotée de prostituées pourvoyant aux besoins de Giacometti.

    Merci de nous indiquer quelles merveilles artistiques sont produites aujourd'hui par l'Algérie, le Soudan, le Pakistan ou l'Irak.

    Je veux dire : en dehors des ordures de "l'art contemporain" qu'un petit nombre d'étrangers de ces pays sont parfaitement capables de produire, tout comme un opportuniste français, pour se brancher sur le tuyau inépuisable de l'argent des gogos (et des contribuables).

    D'ailleurs, le gouvernement a suivi vos conseils : depuis une bonne quarantaine d'années, les portes de l'immigration sont ouvertes de plus en plus grand, avec d'innombrables pompes aspirantes placées à l'intérieur.

    Dans ces conditions, la France devrait, si l'on vous suit, être le phare de la vie artistique mondiale bien davantage que dans les années vingt. Or, c'est le contraire qui se produit.

    Il me semble que votre théorie est plus trouée qu'une meule d'emmenthal.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je ne sais pas pourquoi vous faites une fixette sur l'islam et l'immigration, mais votre obsession vous fait comprendre le sujet de travers. Il ne s'agit pas de cela, mais si j'ai bien moi même compris (et pour suivre depuis quelques temps l'auteur, si j'en ai compris la pensée générale), de parler de "planification" et "nationalisation" de cette culture. Qui me ferait plus penser a l'idée que c'est depuis que l'on a un ministère de la culture que la culture française se dégrade.
      Je me permet de mettre en rapport avec cet article de C.Gave : http://institutdeslibertes.org/lexception-culturelle-ou-quand-de-gaulle-inventait-leau-seche/ , j'y vois des ressemblances de fond sur l'idée. Peut etre cela peut-il aider.

      Supprimer
    2. Robert Marchenoir28/07/2014 20:47

      Vous ne savez pas pourquoi je fais une "fixette" sur l'islam et l'immigration ? Vous vivez dans une grotte depuis cinquante ans ? Vous pensez qu'Ilan Halimi faisait une "fixette" sur l'islam et l'immigration, lui aussi ? Vous n'avez pas vu des manifestants musulmans et antisémites faire le salut nazi à Paris, il y a quelques jours ? Voilà une chose qu'on ne voyait pas dans le Montparnasse des années vingt, en tous cas.

      Le billet de tête fustige de façon tout à fait marginale la subvention de la culture (ce en quoi il a raison). Mais ce n'est pas son sujet. Son sujet est la défense de l'immigration comme facteur de créativité culturelle, par analogie avec les années vingt à Paris.

      Maintenant, si l'auteur s'est mal fait comprendre au point d'écrire un article qui semble défendre l'immigration de masse alors qu'il veut en réalité fermer les frontières, il a toute liberté de rectifier.

      Cela étant, je vous conseille plutôt de nettoyer vos lunettes.

      Supprimer
    3. Robert Marchenoir28/07/2014 21:02

      Ici, deux manifestants "pro-palestiniens", juchés sur une statue place de la République, font le salut nazi, en compagnie de quatre de leurs camarades qui font une "quenelle", derrière des drapeaux algérien et marocain :

      http://www.lesechos.fr/medias/2014/07/26/1027766_manif-pro-gaza-une-quarantaine-darrestations-a-paris-web-tete-0203667821284_660x440p.jpg

      Alors ? Toujours une "fixette", l'islam et l'immigration ?

      Au passage, cette photo montre ce qu'il fallait penser des dénégations des dieudonnistes, prétendant que la "quenelle" n'a rien à voir avec le salut nazi ni avec l'antisémitisme.

      Supprimer
    4. "Vous n'avez pas vu des manifestants musulmans et antisémites faire le salut nazi à Paris", félicitation! En venant de la culture tout de meme, vous obtenez un point godwin..

      Supprimer
  2. Le point de l'auteur est que le monde de l'art était mondialise en 1920 et que la France a beneficie de la venue de grands artistes étrangers. Il faut lire l'article d'Elisabeth et Gil auquel se réfère l'article pour saisir l'ironie. L'article de Causeur est hallucinant accusant la mondialisation d'avoir détruit la culture alors que précisément la France bénéficiait de la mondialisation pour régner sur la culture dans les années 20. Ce billet de blog ne suggère pas qu'augmenter l'immigration va nécessairement augmenter le standing culturel de la France mais il est vrai que la France a souvent brille au travers d'artistes étrangers.

    Lire que la France des années 20 étaient moins antisémites que maintenant est incroyable. Maurras doit se retourner dans sa tombe. L'antisémitisme qui est d'ailleurs un concept bien français et européen. Vous ne pouvez que vous féliciter en constatant que les hordes barbares musulmanes incultes intègrent si bien les particularités de notre vieux continent.

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Brandolini’s law

Over the last few weeks, this picture has been circulating on the Internet. According to RationalWiki, that sentence must be attributed to Alberto Brandolini, an Italian independent software development consultant [1]. I’ve checked with Alberto and, unless someone else claims paternity of this absolutely brilliant statement, it seems that he actually is the original author. Here is what seems to be the very first appearance of what must, from now on, be known as the Brandolini’s law (or, as Alberto suggests, the Bullshit Asymmetry Principle):The bullshit asimmetry: the amount of energy needed to refute bullshit is an order of magnitude bigger than to produce it.— ziobrando (@ziobrando) 11 Janvier 2013To be sure, a number of people have made similar statements. Ironically, it seems that the “a lie can travel halfway around the world while the truth is still putting on its shoes” quote isn’t from Mark Twain but a slightly modified version of Charles Spurgeon’s “a lie will go round the w…

Les prix « avant l’euro »

(J’ai l’intention de compléter cet article au fur et à mesure. Si vous avez des prix à proposer (avec des sources crédibles), n’hésitez pas à le me suggérer dans les commentaires.)L’euro a été introduit en deux temps. La première étape a eu lieu le 1er janvier 1999 à minuit, quand le taux de change irrévocable des différentes monnaies nationales par rapport à l’euro a été fixé définitivement — soit, pour ce qui nous concerne, 1 euro = 6.55957 francs. La seconde étape, l’introduction des pièces et billets en euro, s’est étalée sur un mois et demi : du 1er janvier 2002 au 17 février 2002 ; date à laquelle les espèces en franc ont été privées du cours légal [1] — c’est-à-dire qu’il était interdit de les utiliser ou de les accepter en règlement d’une transaction.SalairesÀ compter du 1er juillet 2000, le SMIC horaire brut était fixé à 42.02 francs soit, pour avec une durée légale du travail de 39 heures par semaine (169 heures par mois), 7 101.38 francs bruts par mois. Le 1er juillet 2001,…

Comment j’ai déprogrammé l’obsolescence

C’est arrivé ce matin. Notre lave-vaisselle familial, que nous avions programmé pour tourner la nuit dernière, n’avait pas fonctionné. Mon épouse, étonnée par cette inhabituelle défaillance, a essayé de le relancer : rien à faire, le bestiau ne fonctionnait plus. Dépités, nous convînmes donc, ma dulcinée et moi-même, qu’il était temps de lui trouver un remplaçant. Cette fois ci, nous disions nous pas plus tard que ce matin, nous n’achèterons pas la première camelote venue à 300 euros : rendez-vous fût pris en début de soirée pour faire l’acquisition d’une bête de course qui, nous l’espérions, durerait vingt ans, comme celle de belle-maman.Dans les entrailles de la bêteMais la journée avançant, cette histoire ne sortait pas de ma tête. Le lave-vaisselle en question, nous l’avions tout de même acheté il y a à peine plus de trois ans : ce n’est pas Dieu possible que ce machin, même s’il ne nous avait objectivement pas coûté grand-chose, nous lâche aussi vite. Si ça se trouve, me disais-j…