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Articles

Affichage des articles du mars, 2017

De Kallstadt à New-York, une histoire américaine

Friedrich est né à Kallstadt, dans le royaume de Bavière, le 14 mars 1869. À la mort de son père, Johannes, alors qu’il n’a que 8 ans, c’est sa mère, Katharina, et ses cinq frères et sœurs qui héritent des vignes familiales et d’un bon paquet de dettes. Katharina, jugeant Friedrich trop chétif pour le dur labeur des champs, décide d’en faire un barbier. Mais ce n’est pas à Kallstadt, modeste bourgade de mille âmes, que le garçon pourra exercer son art et ce, d’autant plus que l’âge de la conscription dans l’armée impériale allemande approche. Friedrich, qui n’a alors que 16 ans, décide d’émigrer aux États-Unis.Nous sommes en 1885. Après une traversée de 12 jours à bord du Eider, le jeune Friedrich arrive au Castle Garden [1] le 19 Octobre avec un bon millier de ses compatriotes. Comme tous les migrants depuis la nuit des temps, ce sont majoritairement des hommes, ils sont jeunes, célibataires et plutôt pauvres. Friedrich n’échappe à aucune de ces règles mais il peut compter sur sa sœu…

Opération Léviathan

Peu d’État, dans l’histoire du monde, ont plus mérité d’être appelé Léviathan que le nôtre aujourd’hui. La superstructure publique est partout, elle intervient dans tous les domaines et, si vous lisez ces mots, c’est que vous faites partie de ceux qui en ont pris conscience.En théorie, dans ce qu’il est convenu d’appeler un démocratie, le peuple souverain est en mesure de surveiller le Léviathan et, si besoin est, de l’obliger à reculer. Sauf que, dans l’état actuel de nos affaires publiques, cet acte de surveillance est devenu impossible. Il y a trop de comités, trop d’agences, trop de lois pour qu’un être humain normalement constitué puisse espérer, même en y consacrant tout son temps, même en étant notoirement compétent, démêler le nœud Gordien des affaires publiques.Simplement : c’est trop compliqué, trop changeant pour que vous ou moi puissions prétendre y comprendre quoi que ce soit et donc, voter comme de vrais citoyens.Mais l’union, dit-on, fait la force. Si, seuls dans nos co…

Les comités Théodule

Le Comité Stratégique au Calcul Intensif, le Haut Conseil de l’Éducation Artistique et Culturelle, l’Observatoire des Jeux, la Grande Commission Nautique, la Conférence de la Ruralité, le Groupe Interministériel des Normes… L’imagination de nos dirigeants en matière de comités Théodule ne semble connaitre aucune limite.Grâce à quatre courageuses et courageux (un grand merci à Delphine, Ugo, Clément et Caroline qui nous a fourni un fichier de contrôle très utile), nous disposons maintenant d’un fichier exploitable conçu sur la base des données trouvées en annexe du PLF 2016 (le « jaune ») pour les années 2012, 2013 et 2014 (les coûts sont donnés en milliers d'euros).Au total, nous avons donc 504 comités, conseils, observatoires, commissions, conférences et autres groupes interministériels — ci-après « instances ». Certaines ont disparu depuis, d’autres sont de création très récente mais ça donne un ordre de grandeur. Ces instances occupent, plus ou moins, un maximum de 19 890 memb…

Le bilan de l'État

Au 31 décembre 2015, l’actif de l’État était évalué à 982.3 milliards d’euros.On y trouve principalement des actifs physiques (terrains, immobilier, infrastructures, notamment routières, matériel, notamment militaire), des participations financières (les très nombreuses participations de l’État, avec ou sans contrôle, mais aussi prêts et avances à des collectivités ou à des États étrangers) et même des immobilisations incorporelles (comme, par exemple, le spectre hertzien, évalué à 8.2 milliards). À cela se rajoutent un actif circulant, composé de stocks (notamment militaires) et de créances et la trésorerie de l’État.Le passif de l’État est composé à 76.4% de sa dette financière c’est-à-dire des obligations émises pour financer nos 42 ans de déficits budgétaires et, dans une moindre mesure, pour gérer la trésorerie de l’État. À côté de ça, on trouve évidemment un certain nombre de créances (fournisseurs, personnels, retraites, trop-perçus d’impôts etc…), quelques provisions pour risq…

Société Nationale des Catastrophes Financières

Nous ne reviendrons pas ici sur la qualité des services de la SNCF, sur son incapacité chronique à respecter ses horaires, sur sa grille tarifaire kafkaïenne, sur le confort spartiate de ses trains, sur la vétusté alarmante de ses équipements ni sur les grèves à répétition de son personnel. Non, cette fois-ci, nous allons parler finances parce qu’au cas où ça vous aurait échappé, la situation est dramatique.Malgré la quantité phénoménale d’aides publiques dont bénéficie le groupe — entre 11 et 12 milliards chaque année sans compter les subventions d’équilibre pour le régime spécial de retraite des cheminots (3.36 milliards en 2014), le CICE et sans doute encore quelques autres — la SNCF parvient à peine à présenter un résultat net positif. Au dernier pointage, pour l’année 2016, elle arrive péniblement à 567 millions après avoir perdu plus de 12.2 milliards en 2015 pour cause de dépréciation d’actifs.Bref, la SNCF est un gouffre financier qui accumule les pertes et donc, une dette aby…

La dette publique

Au 30 septembre 2016, la dette publique française (a.k.a. dette des administrations publiques au sens de Maastricht) s’établissait à 2 160.4 milliards d’euros soit 97.6% du PIB. C’est le niveau le plus élevé jamais constaté en temps de paix.Cette dette comprend la dette de l’État lui-même, les dettes des organismes divers d’administration centrale [1], les dettes des administrations publiques locales [2] et les dettes des administrations de sécurité sociale [3]. Voici comment elles se répartissaient au 30 septembre 2016, en milliards d’euros (source : Insee) :EntitéMontantPoidsÉtat1 722.679.7%Autres437.920.3%C’est donc l’État lui-même, au sens de la comptabilité nationale, qui a contracté l’essentiel de notre dette publique. Cette dette de l’État, de façon marginale, a été contractée sous forme de dépôts réalisés auprès du Trésor (l'État, entre autres choses, est aussi banquier) et de crédits (je n'en sais pas plus). Mais l'écrasante majorité, 1 636.2 milliards d’euros au …

Qui est riche ?

J'ai mené une petite enquête sur Twitter pour essayer d'évaluer ce que les gens entendent pas être riche. Au total, 382 personnes ont participé ce qui est beaucoup mais, malheureusement, pas assez pour exploiter toutes les données (notamment les intentions de vote par candidat aux présidentielles). Avant de vous présenter les résultats, une petite mise au point s'impose.Patrimoine netVotre patrimoine net, conceptuellement, c’est la somme d’argent que vous récupèreriez si vous vendiez tout ce que vous possédez et remboursiez toutes vos dettes. C’est l’équivalent de ce qu’on appelle les fonds propres pour les entreprises : c’est ce qui est vraiment à vous. Si vous êtes propriétaire d’un appartement estimé à 200 000 euros, votre patrimoine brut s’élève à 200 000 euros ; mais si vous devez encore 150 000 euros à la banque, votre patrimoine net ne s’élève qu’à 50 000 euros.Un aspect important du patrimoine net, c’est qu’il peut tout à fait être négatif. C’est ce qui arrive quan…

Protectionnisme, dévaluation et réindustrialisation

Je voudrais revenir ici sur quelques-unes des inepties qui émaillent le programme économique et les discours de Madame le Pen (mais aussi ceux de l'extrême gauche).Avant l’euro, la France était libre de faire ce qu’elle voulait du francÇa n’est que très partiellement exact. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, la parité du franc face aux autres devises a toujours été encadrée par des accords internationaux. Au début, c’était ceux de Bretton Woods, du 26 décembre 1945 au 19 mars 1973, puis le serpent monétaire européen, du 24 avril 1972 au 15 mars 1976 et enfin le système monétaire européen (SME), du 13 mars 1979 à la création de l’euro.Ça n’a pas empêché nos gouvernements successifs de dévaluer massivement le franc - notamment sous la IVème république et au début du premier septennat de François Mitterrand - mais dire qu’ils étaient libres de le faire comme bon leur semble est faux : ça faisait l’objet de négociations internationales dans le cadre de ces accords.Au total, …

Le libéralisme en France

J'ai fait une petite enquête sur Twitter. Les résultats sont assez intéressants (les données brutes sont ici).