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Gizeh n’est pas le centre du monde

(Cet article fait partie d’une série dans laquelle je m’amuse à démonter les théories ésotériques avancées par Jacques Grimault, principalement dans La révélation des pyramides.)

Pour les pyramidologues en général et Grimault en particulier, Gizeh est le centre du monde. Plutôt que chercher à expliquer en quoi leurs démonstrations relèvent de la foutaise la plus absolue [1], je vous propose de prendre le problème dans l’autre sens et de nous demander pourquoi, précisément, c’est ce site qui a été retenu par les constructeurs de la grande pyramide de Khéops (puis celles de Khephren et Mykérinos). Ils avaient, en réalité, au moins trois bonnes raisons.

Primo, c’est un site à la frontière entre la vallée du Nil et le désert libyque, situé une cinquantaine de mètre au-dessus du fond de la plaine et, incidemment, juste à côté de Memphis, la capitale de l’Ancien Empire. La plupart des sites funéraires de l’époque —Saqqara, Dahshour… — répondent exactement aux mêmes critères : on veut que les pyramides soient visibles et on préfère, évidemment, éviter les coller au milieu des champs et des habitations.

Dans un mouchoir de poche

Deuxio, Gizeh c’est aussi un plateau de roche calcaire. Ça n’a peut-être l’air de rien mais ça a au moins deux avantages considérables : d’abord, quand vous construisez des bâtiments de cette taille, vous préférez les asseoir sur des fondations stables et robustes (sur du sable ou du limon, c’est une très mauvaise idée) ; ensuite, ça met l’essentiel de votre matière première à portée de main [2].

Topographie

Tercio, la grande autoroute égyptienne, le Nil, est à 8 km et on sait que des canaux le connectaient directement au complexe funéraire [3] ; détail très utile lorsqu’il est question d’acheminer des tonnes de calcaire blanc depuis les carrières de Tourah — de l’autre côté du fleuve, à une quinzaine de kilomètres — et surtout les énormes blocs de granite extraits dans la carrières d’Assouan — à 900 km plus au sud.

Sens pratique

Bref, le choix du site n’a rien d’ésotérique et Gizeh n’est pas plus le « centre du monde » qu’Abousir, Saqqara, Dashour, Meïdoum et, plus généralement, tous les sites de la vallée du Nil. Si des pyramides ont étés construites à cet endroit, c’est pour des raisons infiniment pratiques et rationnelles.

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[3] D’autres l’ont très bien fait ; voir, par exemple, le le site d’Irna
[1] La plupart des blocs de calcaire utilisés pour la pyramide de Khéops ont été extraits à 400 mètres de là (grosso modo autour du Sphinx) ; seuls le calcaire blanc des parements et le granite rose de la chambre funéraire viennent d’ailleurs.
[2] Il en existe encore un qui arrive à un petit kilomètre du site et on a retrouvé des vestiges d’installations portuaires jusque dans le temple de la vallée de Khefren, à 400m de la grande pyramide.

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