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Leçon #1 : There ain't no such thing as a free lunch

Disclaimer : Je vous propose ici un exercice purement théorique. Dans la vraie vie, vous devriez chercher à diversifier votre portefeuille en sélectionnant plus d'un titre et il va de soi qu'investir sur la seule base de performances passées est parfaitement stupide. Ceci étant dûment rappelé et supposé compris par tout le monde, vous pouvez poursuivre.

$1 investi le 1er décembre 1990
(cliquez pour agrandir)

Le 30 septembre 2008 vous ayez été amené à investir de l’argent sur un seul titre sélectionné parmi ces quatre. Sur la base de ce graphique de performances (ce sont des vraies données et c'est la seule information dont vous disposez), lequel choisissez-vous ?

Avant de passer au débriefing, je vous suggère d’y réfléchir cinq minutes et de faire le choix qui vous semble le plus intelligent.

Débriefing

Certains d’entre vous ont peut être choisi la courbe verte. Si c’est le cas et en faisant abstraction des éventuelles postures politico-moralistes, vous avez sans doute une très forte aversion au risque et cherchez par tous les moyens à prendre le moins de risques possible, quitte à vous contenter d’un rendement médiocre. En l’occurrence, la courbe verte c’est la performance d’un portefeuille de T-Bills à 3 mois (des emprunts à court terme du trésor des États-Unis) ; c’est ce que vous auriez obtenu en investissant dans un fonds monétaire. Si c’est votre cas, je suppose que vous êtes salarié dans un grand groupe ou fonctionnaire.

À l’autre extrême, certains d’entre vous ont sans doute opté pour la courbe bleue. En l’occurrence, c’est le cours (dividendes réinvestis) de Pfizer et l’envolée spectaculaire que vous observez à la fin des années 1990, c’est en grande partie l’effet Sildénafil plus connu sous le nom de Viagra [1]. Si vous avez choisi d’investir dans Pfizer, vous avez sans doute une faible aversion au risque, vous êtes un joueur et êtes prêt à prendre un maximum de risques dans l’espoir de gagner le plus possible. À vue de nez, vous avez de bonnes chances d’êtes votre propre patron [2].

La courbe rouge correspond à un profil intermédiaire. C’est l’indice Russell 3000 soit, en gros, la performance d’un portefeuille très diversifié d’actions étasuniennes. Si vous avez fait ce choix, vous avez une aversion au risque que je qualifierais de moyenne : vous voulez du rendement mais pas au prix d’une prise de risques démesurée. Je ne sais pas ce que vous faites dans la vie mais une chose me semble très probable : vous n’êtes pas un débutant sur les marchés [re-2] ou vous faites preuve d'un bon sens remarquable. Je dis ça principalement parce que vous n’avez pas sélectionné la courbe noire.

Parce que si vous êtes de ceux qui ont choisi de tout mettre sur cette dernière, cet article est fait pour vous. La courbe noire, cette espèce d’OVNI qui rapporte autant que le marché des actions mais en ligne droite, c’est la performance de Fairfield Sentry Ltd., un fonds d’investissement qui restera célèbre dans l’histoire pour avoir été le principal client de Bernard Madoff. En termes clairs : c’est une arnaque. Voici la suite du graphique :

$1 investi le 1er décembre 1990
(cliquez pour agrandir)

Si vous vous êtes fait avoir, c’est l’occasion d’apprendre quelque chose d’utile : il n’existe rien de tel qu’un free-lunch. C’est la loi la plus fondamentale du capitalisme de marché : si vous voulez du rendement, vous devez accepter de prendre des risques ; si vous ne prenez aucun risque, vous n’aurez pas de rendement. La rémunération d’un investisseur, fondamentalement, c’est la rémunération du risque et quoi que puissent en dire les pseudo-experts, il n’y a pas moyen d’en sortir. C’est une loi absolue ; il n’y a pas de dérogation [3].

Je conclue en rendant à Arthur Charpentier (@freakonometrics) ce qui lui revient : cet article s'inspire d'un test quasi-identique [4] qu'il a fait depuis son compte Twitter ; voici les résultats :

---
[1] Oui, je sais, elle était facile.
[2] C’est aussi l’un des choix qu’aurait fait un professionnel des marchés financiers.
[3] Ce qui n'a pas empêche un certain nombre de clowns supposés pros de se faire avoir (voir ici)
[4] Sur le graphe d’Arthur, le marché des actions US est représenté par l’indice S&P 500 tandis que j’ai utilisé le Russell 3000. Par ailleurs (et ça n’est pas neutre pour qui suit les marchés régulièrement), j’ai affiché les dates.

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