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Le maire de Londres est le fils d’un chauffeur de bus pakistanais

Sadiq Khan, fils d’un couple d’émigrés pakistanais, vient donc de remporter un des plus gros totems politique qui soit outre-Manche : la mairie de Londres. Juste pour fixer les idées, Londres c’est 8.6 millions d’habitant répartis sur plus de 1 500 kilomètres-carrés et une économie comparable à celle de la Suède. C’est-à-dire qu’entre le poste que vient de rempoter Sadiq Khan et celui qu’occupe Anne Hidalgo, on n’est pas tout à fait dans le même ordre de grandeur (euphémisme).

Alors évidemment, on ne peut être qu’admiratif devant un tel parcours ; celui d’un fils d’émigrés pauvres — son père était chauffeur de bus et sa mère couturière — qui, né à Tooting en 1970, en est devenu le représentant au conseil de quartier puis à la House of Commons (élu en 2005, réélu en 2010), a enchainé plusieurs postes ministériels avant de devenir, ce 8 mai 2016, le successeur de Boris Johnson. On ne peut être qu’admiratif devant le parcours personnel de Sadiq Khan et on ne peut aussi être qu’admiratif d’une société qui rend une telle success story possible.

Entendez-moi bien : je ne porte aucun jugement sur les qualités de M. Khan et je ne sais pas s’il fera un bon maire. Après tout et même si on le décrit souvent comme un modéré, le nouveau maire de Londres est clairement estampillé Labour, il est même membre de la Fabian Society et mes convictions personnelles me rapprochent plus de son prédécesseur. Mais là n’est pas mon propos. À l’heure où l’on parle beaucoup d’intégration et d’ascenseur social, j’estime que l’élection de Sadiq Khan démontre quelque chose sur la société anglaise et, en creux, sur ce qui nous en sépare.

Naturellement, mon point de vue n’est pas partagé par tout le monde. Ainsi, Robert Menard :

De fait, Sadiq Khan est musulman. Il ne s’en cache d’ailleurs pas un instant : « Nous avons tous de multiples identités, répondait-il à un journaliste britannique : je suis londonien, je suis britannique, je suis anglais, je suis d’origines asiatiques, d’héritage pakistanais, je suis un père, je suis un mari, je suis un fan désespéré de Liverpool, je suis au Labour, je suis Fabian et je suis musulman. »

Mais pour M. Ménard, Sadiq Khan est musulman. Juste musulman. Ça le définit entièrement et, vous l’aurez bien compris, ça n’est pas très positif. Pour M. Ménard, l’élection d’un musulman à la mairie de Londres, c’est un symbole du « grand remplacement ». Ce n’est pas — pensez-vous ! — le symbole éminemment positif d’une société dans lequel un fils d’émigrés pauvres (et musulmans) peut s’intégrer au point de devenir parlementaire, ministre et maire de la plus grande ville du pays. C’est un symbole négatif : les anglais (de souche) ne sont plus chez eux !

C’est-à-dire que pour M. Ménard, entre un musulman qui s’intègre et mène une vie exemplaire et un musulman qui sombre dans la délinquance ou le terrorisme, il n’y a pas vraiment de différence. Dans un cas comme dans l’autre : c’est un musulman et donc, c’est un problème. Peu importe que les prises de position de Sadiq Khan ne laissent planer aucune forme d’ambigüité sur son attitude quant aux extrémistes et à l’islam radical — il a notamment voté en faveur du mariage homosexuel en 2013, ça lui a valu une fatwa —, aux yeux d’un Ménard, il est et restera quoiqu’il arrive un musulman, donc un problème. C’est-à-dire que dans le monde de M. Ménard, la seule chose positive que puisse faire un musulman, c’est disparaitre.

Voilà, je crois, ce que nous dit vraiment l’élection de Khan à la mairie de Londres : là-bas, c’est possible. Au royaume de Sa Majesté Elizabeth II, un fils de chauffeur de bus pakistanais (et musulman) peut devenir parlementaire, ministre et maire de Londres. Mais dans notre République sociale si prompte à victimiser toutes les minorités, est-ce seulement possible ? Peut-on seulement imaginer qu’un fils de chauffeur de bus d’origine algérienne (et musulman) connaisse un tel parcours ? Je crains fort que non.

Je crains fort — et en fait je sais — qu’un fils de chauffeur de bus d’origine algérienne (et musulman) qui, par hypothèse, aurait réussi de brillantes études et ne rêverait de rien d’autre que de décrocher un bon métier n’aurait pas d’autre choix que de traverser la Manche et de rejoindre Londres.

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PS : Au moment où je conclue cet article, Sajid Javid, lui aussi fils d’un chauffeur de bus pakistanais et actuel secrétaire d’État du gouvernement Cameron, vient de féliciter Sadiq Khan pour son élection. Les amateurs reconnaitront là l’attitude typiquement british d’un véritable gentleman.

Commentaires

  1. Dommage qu'en creux, il faille encore lire le racisme et l'islamophobie (pour être à la mode) du franchouillard bêlant.
    Peut-importe que, contrairement à ce qui est énoncé, de nombreux ministres et personnalités de premier plan soient issus d'une immigration aussi récente que modeste. Rachida Dati, fille de maçon marocain, Kader Arif, fils d'un harki, Fadela Amara, fille d'un ouvrier du bâtiment algérien, Rama Yade, née sénégalaise, musulmane, ancienne ministre et candidate à la présidentielle. ..
    C'est usant.

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    1. Eh bien, en creux, vous avez lu ce que vous pensiez devoir lire. Or, tel n’est pas mon propos.

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    2. De mon côté je suis plutôt frappé par deux phénomènes :
      - la prédominance d'une élite et de leurs enfants dans les politiques avec une petite minorité de femmes (où sont les enfants d'ouvriers, d'employés, de chauffeurs de bus??)
      - les "seuls" "d'origine de" ayant eu des postes significatifs sont des jeunes femmes pas franchement laides qui n'ont pas un kilo de trop. On veut bien montrer quelques "d'origine de" mais pas d'hommes ni de laiderons ni de vieilles. Et je peux vous dire que c'est perçu par les "d'origine de" par un vieux relent paternaliste colonialiste "on vous prend vos femmes" un peu comme le vieux fantasme occidental sur les odalisques et les harems. Et je ne suis pas loin de leur donner raison. Ca ne passe absolument pas pour une "ouverture".
      Mêmes les gauchistes la jouent fine, faire culpabiliser les français sur leur racisme supposé empêchant l'élection des "d'origine de", leurs tweets dithyrambiques sur l'élection de Londres ne les amènera absolument jamais à se retirer d'une élection même s'ils sont donnés perdant au profit d'un jeune homme "d'origine de". Et les français "souchiens" sont entre le marteau et l'enclume, on l'accuse de ne pas élire des "d'origine de" alors même que leurs enfants n’arriveront jamais eux-mêmes à rentrer dans le sérail.

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  2. Plutôt de la catégorie des "franchouillards" méfiants, je l'avoue, votre article me fait entendre raison et considérer en effet cette victoire de façon positive et constructive . Cependant les inquiétudes de ces "franchouillards" qu'on brocarde à mon avis un peu trop facilement et sans réfléchir aux effets délétères de l'ostracisme sur la démocratie, leurs inquiétudes ne sont pas totalement infondées : si l'élection de mr Sadiq Khan est d'un point de vue humaniste un marqueur encourageant tout à l'honneur d'un véritable état d'esprit démocrate , il n'en reste pas moins qu'on peut aussi considérer qu'il constitue pour les partisans d'un islam expansionniste dont on ne peut pas nier ni sous évaluer l'existence un pion non négligeable sur l'échiquier d'une progressive occupation des postes clés des administrations européennes....ne pensez-vous pas ?

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    1. Pour autant qu’on puisse en juger, il semble que M. Khan n’ai pas du tout l’intention de devenir un pion des extrémistes : bien au contraire, il joue plutôt le rôle de poil à gratter.

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    2. Il semble pourtant qu'il ait soutenu Youssef Al Qaradawi,prêcheur islamiste de sinistre réputation, qu'il se soit montré fervent religieux en 2010, afin de discréditer son concurrent Nasser Butt, membre d'une "chapelle" islamique qui prône le "Djihad par la plume", et si j'en crois Maajid Nawaz, qui en fait un portrait sans concession, Sadiq Khan serait un opportuniste, capable de s'allier avec les ultras religieux pour obtenir des voix , de traiter son concurrent d'hérétique parce que l'islam qu'il défend n'est pas l'islam sunnite etc....ce que je lis sur ce nouveau maire ne fait que renforcer le sentiment que même sa prise de position en faveur des homosexuels ou son revirement sur le boycott d'Israël ne sont que des manœuvres opportunistes d'un politique certes pas forcément très impliqué religieusement dans sa vie personnelle, mais pas vraiment capable de résister aux musulmans extrémistes grâce auxquels en fin de compte il se retrouve aujourd'hui maire de Londres : après tout il a une dette envers eux, et ils sauront le lui rappeler ...Même Maajid Nawaz, qui dit qu'il n'est pas extrémiste, ne parvient pas à le prouver de façon convaincante, si ce n'est en disant que "ses vieux amis, les extrémistes" le considèrent comme un traître...ça ne mange pas de pain de dire ça, mais ça ne prouve rien .

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