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Trump surfe une vague de réactance

Une des grandes marques de fabrique de Donald Trump, c’est sa propension à pulvériser rageusement tous les codes du politiquement correct en vigueur aux États-Unis. Tout y passe : xénophobie, misogynie, homophobie… Il transgresse une à une et plutôt deux fois qu’une toutes les règles patiemment élaborées ces dernières décennies qui définissent les bornes de la liberté d’expression outre-Atlantique et les figures imposées du discours public.

Bien sûr, me direz-vous, tout le monde parle des dérapages verbaux de Trump et il ne se passe pas une journée sans que sa dernière sortie fasse le tour des réseaux sociaux ou, à défaut, qu’on nous fasse une rétrospective des précédentes. Seulement voilà, justement, il est tout à fait possible que ces discours transgressifs ne soient pas des dérapages mais procèdent au contraire d’une stratégie aussi volontaire que parfaitement maîtrisée.

Qu’on parle de Trump en bien ou en mal, peu importe ; l’essentiel, c’est qu’on parle de Trump. Si ses dérapages sont bien des dérapages contrôlés, il assez vraisemblable que la forme de ses discours relève, au moins en partie, de ce type de stratégie — d’ailleurs, admettons-le, ça fonctionne assez bien. Pourtant et sans que ça contredise cette première hypothèse, je suspecte le trublion de jouer un jeu plus fin.

Que fait un partisan de Trump quand est pris à parti sur les propos de son champion ? Eh bien très souvent, pour peu que je puisse en juger, il commence par prendre ses distances sur ce sujet bien précis juste avant de le soutenir en général au motif que « y’en a marre du politiquement correct ! » C’est-à-dire que Trump, sans doute bien moins idiot qu’on se plait à le croire, surfe sur une énorme vague de réactance.

Si vous suivez un peu l’actualité américaine, vous observerez sans doute que l’emprise du politiquement correct — notamment dans les universités — a atteint un tel degré (notamment dans l’absurdité) qu’il suscite désormais un rejet presque viscéral d’une part grandissante des américains et fini même, dans certains cas, par provoquer l’effet exactement inverse à celui qui était recherché. C’est ce que les psychologues appellent de la réactance : à force de se voir imposer le discours et les normes du politiquement correct, une grande partie des américains en sont venus à adopter des convictions parfaitement orthogonales.

Et ça, Trump le sait et il le sait d’autant plus qu’il fait sans doute lui-même partie de la vague qu’il surfe. Son discours outrancier ne vise pas tellement à convaincre sur le fond — qui est d’ailleurs d’une pauvreté abyssale — mais plutôt à rallier sur la forme. Les ingénieurs sociaux ont cru qu’en censurant et en imposant leur novlangue ils parviendraient à modeler la société américaine selon leurs désirs. Ils ont obtenu un Trump.

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Le phénomène Trump fait, assez légitimement il me semble, couler beaucoup d’encre ces derniers jours. L’émergence de cet improbable personnage sur le devant de la scène politique américaine suscite bon nombre de réflexions particulièrement intéressantes (qui, à mon humble avis, s’appliquent en grande partie à la montée du Front National chez nous). Je vous recommande en particulier The rise of American authoritarianism d’Amanda Taub sur vox.com et Homogénéité et aveuglement : ce que Donald Trump nous apprend sur les surprises stratégiques de Philippe Silberzahn sur son blog.

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