Accéder au contenu principal

Asymétrique à droite

La distribution des patrimoines (les stocks), comme celle des revenus (les flux), est très fortement asymétrique à droite.

Une manière de représenter visuellement cette idée consiste, comme le fait le Crédit Suisse [1], à dessiner une pyramide comme celle-ci :

Voici comment interpréter ce schéma : la base de la pyramide représente les 3,2 milliards d’adultes – 68,7% de la population adulte mondiale – dont le patrimoine est inférieur à 10 000 dollars étasuniens. Collectivement, ils détiennent 7,3 trillions de dollars ; soit 3% de la richesse mondiale. À l’opposé, en haut de la pyramide, on trouve les 32 millions d’individus (0,7% de la population adulte) qui possèdent un patrimoine supérieur à un million de dollars et détiennent ensemble 98,7 trillions de dollars – soit 41% de la richesse mondiale [2].

Dire que la distribution des patrimoines est très fortement asymétrique à droite, cela signifie qu’un très petit nombre de personnes détiennent des fortunes colossales tandis que l’immense majorité de nos semblables ne possèdent, pour ainsi dire, presque rien [3].

Si le carré ci-dessous représente la totalité de la richesse mondiale (240,9 trillions de dollars selon Credit Suisse), la part détenue par les 1% les plus riches (les patrimoines de $753 000 ou plus [4]) est représentée par le carré le plus clair (46% du total), celle du top 10% (à partir de $75 000) pèse 86% du total et la moitié la plus riche de l’humanité ($4 000 et au-delà) détient un peu plus de 99% du magot. Reste la fine bande foncée, en haut et à gauche, qui représente le patrimoine de l’autre moitié de l’humanité : un peu moins de 1% de la richesse mondiale.

Bref, la distribution des richesses à l’échelle mondiale est spectaculairement inégalitaire. C’est un fait indéniable qui n’est d’ailleurs nié par personne. C’est une vérité incontournable, comme nous venons de le voir, lorsque l’on considère les patrimoines (les stocks) et c’est aussi vrai pour les revenus (les flux).

Ceci étant posé, nous allons pouvoir commencer à philosopher. La suite au prochain numéro…

---
[1] Crédit Suisse, Global Wealth Report 2013 (page 22).
[2] Pas moins de 42% d’entre eux vivent aux États-Unis, 8% au Japon, 7% en France, 5% en Allemagne et 5% au Royaume Uni. Au cours actuel du dollar (EUR 1 = USD 1,3583), vous pouvez considérer qu’à partir de 736 000 euros de patrimoine, vous faites partie de ce club.
[3] Au cas où vous vous poseriez la question, le sommet de la pyramide ressemble à ça et, au 31 décembre 2013, le ticket d’entrée dans le top 200 des plus grandes fortunes mondiales (0,000004% de la P.A.) était à 6,7 milliards de dollars ; collectivement, ce happy few était riche de 3,1 trillions de dollars (1,3% de la richesse mondiale).
[4] Notez qu’avec un euro à 1,36 dollars, vous appartenez au fameux 1% dès lors que votre patrimoine excède 554 000 euros et le ticket d'entrée dans le top 10% est à un peu plus de 55 000 euros (i.e. un peu plus de 2 livrets A au plafond).

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Brandolini’s law

Over the last few weeks, this picture has been circulating on the Internet. According to RationalWiki, that sentence must be attributed to Alberto Brandolini, an Italian independent software development consultant [1]. I’ve checked with Alberto and, unless someone else claims paternity of this absolutely brilliant statement, it seems that he actually is the original author. Here is what seems to be the very first appearance of what must, from now on, be known as the Brandolini’s law (or, as Alberto suggests, the Bullshit Asymmetry Principle):The bullshit asimmetry: the amount of energy needed to refute bullshit is an order of magnitude bigger than to produce it.— ziobrando (@ziobrando) 11 Janvier 2013To be sure, a number of people have made similar statements. Ironically, it seems that the “a lie can travel halfway around the world while the truth is still putting on its shoes” quote isn’t from Mark Twain but a slightly modified version of Charles Spurgeon’s “a lie will go round the w…

Culture et détente

Cher Monsieur Dubouchon [1],Ainsi donc, vous appelez Lacordaire à la rescousse en me rappelant qu’« entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c'est la liberté qui opprime, et la loi qui affranchit. »Au risque de vous surprendre et de vous déplaire encore un peu plus : vous n’êtes pas le premier. Cette citation du Révérend-Père, voilà des années que tout ce que la toile compte d’antilibéraux primaires nous la sert, dans sa forme longue, dans sa forme abrégée ou dans une forme plus ou moins modifiée selon les circonstances. À titre personnel, elle m’a été jetée au visage par des communistes hilares, par des socialistes révolutionnaires, par des sociaux-démocrates inquiets, par des conservateurs en un seul mot, par des souverainistes indignés, par des nationaux-socialistes hésitants et même par un catholique décroissant.Je ne sais pas vraiment où vous classer dans cet inventaire – nous nous connaissons si peu – mais vous m’avez suffisam…

Comment j’ai déprogrammé l’obsolescence

C’est arrivé ce matin. Notre lave-vaisselle familial, que nous avions programmé pour tourner la nuit dernière, n’avait pas fonctionné. Mon épouse, étonnée par cette inhabituelle défaillance, a essayé de le relancer : rien à faire, le bestiau ne fonctionnait plus. Dépités, nous convînmes donc, ma dulcinée et moi-même, qu’il était temps de lui trouver un remplaçant. Cette fois ci, nous disions nous pas plus tard que ce matin, nous n’achèterons pas la première camelote venue à 300 euros : rendez-vous fût pris en début de soirée pour faire l’acquisition d’une bête de course qui, nous l’espérions, durerait vingt ans, comme celle de belle-maman.Dans les entrailles de la bêteMais la journée avançant, cette histoire ne sortait pas de ma tête. Le lave-vaisselle en question, nous l’avions tout de même acheté il y a à peine plus de trois ans : ce n’est pas Dieu possible que ce machin, même s’il ne nous avait objectivement pas coûté grand-chose, nous lâche aussi vite. Si ça se trouve, me disais-j…