Accéder au contenu principal

Les promesses de Maastricht

Ce graphique qui retrace l’évolution du spread des taux à 10 ans des États-membres de la zone euro contre le bund allemand résume à lui seul l’histoire de la monnaie unique de janvier 1993 à aujourd’hui.

Le traité de Maastricht est rentré en vigueur le 1er novembre 1993 (point 1 sur le graphique). Le 31 décembre 1998 (point 2 sur le graphique), l’Allemagne, la Belgique, la France, l’Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas, le Danemark, l’Irlande, la Grèce, l’Espagne et le Portugal (lignes continues) abandonnent de fait leurs monnaies nationales dont le cours en euro est irrévocablement fixé. Le 1er janvier 2001 (point 3), la Grèce (tirets) rejoint ce premier groupe. La zone euro compte désormais 12 membres. Enfin, le 1er janvier 2008 (point 4), c’est au tour de Chypre et de Malte puis, un an plus tard, de la Slovaquie et enfin de l’Estonie (pointillés) qui rejoint la zone le 1er janvier 2011.

Toute la construction de la zone euro reposait sur une idée simple : en adoptant la monnaie unique, les États signataires renonçaient à la possibilité d’utiliser la création monétaire comme instrument de financement de la dépense publique. Partant, la pérennité de la zone euro impliquait nécessairement que les États-membres s’astreignent à une politique budgétaire rigoureuse ; sans cela, si un ou plusieurs des États concernés profitaient de la garantie implicite que représentait cet embryon d’union politique pour s’endetter plus que de raison, il était évident, dès 1993, que la tentation de quitter la zone pour recouvrer l’usage de la planche à billet serait trop forte – c’était le sens des accord de Maastricht.

Les promesses, on le sait, n’engagent que ceux qui les écoutent.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Brandolini’s law

Over the last few weeks, this picture has been circulating on the Internet. According to RationalWiki, that sentence must be attributed to Alberto Brandolini, an Italian independent software development consultant [1]. I’ve checked with Alberto and, unless someone else claims paternity of this absolutely brilliant statement, it seems that he actually is the original author. Here is what seems to be the very first appearance of what must, from now on, be known as the Brandolini’s law (or, as Alberto suggests, the Bullshit Asymmetry Principle):The bullshit asimmetry: the amount of energy needed to refute bullshit is an order of magnitude bigger than to produce it.— ziobrando (@ziobrando) 11 Janvier 2013To be sure, a number of people have made similar statements. Ironically, it seems that the “a lie can travel halfway around the world while the truth is still putting on its shoes” quote isn’t from Mark Twain but a slightly modified version of Charles Spurgeon’s “a lie will go round the w…

Le prix des sardines quand les pêcheurs ont des téléphones

Soit deux petits villages de pêcheurs de sardines du sud de l’Inde. Chaque nuit, les pêcheurs de chaque bourg partent jeter leurs filets en mer et, le matin venu, ils vendent leurs prises sur la plage à la population de leurs villages respectifs. Parce qu’ils sont relativement distants l’un de l’autre et ne disposent pas de moyens de communication rapide, nos villages vivent en autarcie. C’est-à-dire que leurs habitants n’achètent de sardines qu’aux pêcheurs de leur propre village qui, symétriquement, n’en vendent à personne d’autre qu’à leurs concitoyens.Dans l’état actuel des choses, donc, la ration quotidienne de protéines des habitants de nos villages dépend exclusivement de leurs pêcheurs respectifs. Si la pêche est fructueuse, il est probable que les sardines seront bradées au marché du matin et il n’est pas impossible que les pêcheurs se retrouvent même avec des invendus — c’est-à-dire des poissons bons à jeter. Si, au contraire, la pêche de la nuit a été mauvaise, vous pouvez …

Le paradoxe des oignons

Cette fois-ci, c’est l’inénarrable Paul Jorion qui s’y colle dans un article publié le 26 septembre 2013 sur challenges.fr : « il faut, nous assène l’histrion médiatique, supprimer la spéculation. »Nous-y revoilà. C’est une antique tradition. Déjà, sous l’Ancien Régime, on avait coutume de faire porter le chapeau des aléas climatiques et des politiques imbéciles aux accapareurs ; aujourd’hui, force est de constater que rien n’a changé et qu’on trouve toujours, à la barre du tribunal révolutionnaire, un accusateur public prêt à dénoncer les méfaits des spéculateurs. Si les prix montent, qu’on les pende ; si les prix baissent, qu’on promène leur tête au bout d’une pique ! Au royaume du mensonge, la dénonciation de l’ennemi du peuple tient toujours lieu de pensée.Plutôt que de rentrer dans un débat théorique, je vous propose une approche purement expérimentale, une vérification empirique qui, si elle ne satisfait sans doute pas les conditions requises sur une paillasse – c’est le lot com…