Accéder au contenu principal

Ta légende personnelle

J’entends ta colère et tes lamentations. Je les entends d’autant mieux que ta colère et la mienne et que tes lamentations sont les miennes aussi. Nous sommes frères toi et moi. Nous sommes faits du même bois.

Depuis le jour de notre naissance, nous avons eu conscience, au plus profond de nous-mêmes, que tout ceci prendrait fin. Un jour ou l’autre, aussi sûr que nous sommes nés, nous mourrons. Ce court laps de temps qui nous est imparti – notre vie – nous avons toujours su, toi et moi, que nous devions le vivre pleinement. Il n’y aura pas de deuxième essai, pas d’autre chance. Cette vie, la nôtre, sans aucun doute possible, a un but ; un but unique, sacré et dont personne ne pourra nous détourner.

Nous devons créer notre destin, bâtir notre légende personnelle.

« Tu es seulement un instrument de la lumière. Tu n’as aucune raison de t’enorgueillir, ni de te sentir coupable ; il n’y a de motif que d’accomplir ton destin. » [1]

Rien de ce que tu as fait ou feras à l’avenir ne tend pas vers ce but. Tu aimes avec passion parce que tu ne sais et tu ne veux pas aimer autrement. L’élue de ton cœur, ces enfants qu’elle t’a donnés, portent sa marque. Tu rêves, tu crées et tu construis parce que tu ne sais et tu ne veux pas vivre autrement. Chacune de tes entreprises porte sa marque. Tu es un ami fidèle, un fils affectueux et un ennemi terrible parce que c’est dans la mémoire des autres que ta légende se construit. Ta légende personnelle ; ta vie ; ce qu’il restera de toi quand tu ne seras plus là.

Et aujourd’hui, tu es en colère et tu te lamentes. Ils détruisent tes rêves, ils t’enferment dans leur étroit réseau de règles compliquées et minutieuses, ils t’accusent de crimes sans victimes et te punissent sans autre forme de procès. Tu sais bien que ces nobles motifs dans lesquels ils se drapent ne sont que de piètres faux-nez qui cachent si mal leurs misérables intentions. Ont-ils jamais procédé autrement ? Alors tu trépignes, tu protestes et tu t’indignes ; tu te perds en pétitions, en appels à la raison et en arguments. Mais à quoi bon ?

« Également instruit de ce que tu pourras et de ce que tu ne pourras pas, tu ne formeras aucune entreprise qui ne puisse être menée à bonne fin. » [2]

Il y a des combats qu’il faut savoir ne pas mener. Ce n’est pas de la lâcheté, ce n’est pas une reddition. Ils sont supérieurs en nombre, tu le sais bien, et mieux armés que nous. Ces gens-là n’ont pas la moindre trace d’amour dans leur cœur, ils n’ont pas la moindre trace de fierté ni d’humanité. Ils vivent au jour le jour, sans autre objectif que de vivre – ou plutôt de survivre – encore quelques jours à tes dépens. Ils n’aiment pas, ne créaient pas et ne construisent pas, ils n’ont pas de vie propre, pas de légende personnelle à bâtir. Ils ne sont que les atomes anonymes d’un groupe chimérique, des bestiaux sacrificiels qui réclament qu’on immole ta vie à leurs besoins immédiats en attendant d’être sacrifiés eux-mêmes aux besoins d’un autre.

Pourquoi mènerais-tu ce combat ? Quelle gloire pourrais-tu bien en tirer ? Tu sais que tu ne gagneras pas. C’est écrit. Pourquoi sacrifierais-tu tout ce que tu aimes, tout ce que tu as construit et pourrais construire ? Pourquoi abandonnerais-tu ton plus noble combat, notre combat, le seul qui puisse être noble ; celui qui consiste à poursuivre nos rêves ? Il y a des combats qu’il faut savoir ne pas mener, celui-là en est un.

Je sais bien qu’ils nous appellerons « traitres » ; ils l’ont déjà fait tant de fois. Ils voudront trainer nos noms dans la boue et ce, d’autant plus que l’heure de leur jugement approchera. C’est ce qu’ils ont toujours fait et, invariablement, le juge, le plus impitoyable de tous, est venu. C’est leur destin, celui qu’ils ont choisi ; pas le tiens. Le temps joue pour toi. Laisse-le donc faire : c’est un allier puissant.

Souviens-toi de ta mission, de ta promesse, de cette étoile sur ton berceau. Souviens-toi de tes enfants, de cette femme qui t’aime, de tes parents, tes amis, tes projets et tes rêves. Ne penses qu’à eux, poursuis ta vie, construis ta légende personnelle.

---
[1] Paulo Coelho, Manuel du guerrier de la lumière (1997).
[2] Sun Tzu, L’art de la guerre

(c. VIè siècle avant J.C.)

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Brandolini’s law

Over the last few weeks, this picture has been circulating on the Internet. According to RationalWiki, that sentence must be attributed to Alberto Brandolini, an Italian independent software development consultant [1]. I’ve checked with Alberto and, unless someone else claims paternity of this absolutely brilliant statement, it seems that he actually is the original author. Here is what seems to be the very first appearance of what must, from now on, be known as the Brandolini’s law (or, as Alberto suggests, the Bullshit Asymmetry Principle):The bullshit asimmetry: the amount of energy needed to refute bullshit is an order of magnitude bigger than to produce it.— ziobrando (@ziobrando) 11 Janvier 2013To be sure, a number of people have made similar statements. Ironically, it seems that the “a lie can travel halfway around the world while the truth is still putting on its shoes” quote isn’t from Mark Twain but a slightly modified version of Charles Spurgeon’s “a lie will go round the w…

Les Chicago Boys, Milton Friedman et Augusto Pinochet

Cinq Chicago Boys vers 1957
(dont Sergio de Castro, à droite)Tout commence en 1955. Nous sommes alors en pleine guerre froide et les deux grands blocs — l’URSS et les États-Unis — se livrent une lutte sans merci pour accroître leurs zones d’influences respectives. Dans la longue liste des terrains d’affrontement, l’Amérique Latine figure en bonne place et le Chili n’échappe pas à cette règle. La situation chilienne, du point de vue américain, est particulièrement inquiétante : la gauche y vire marxiste, le reste du spectre politique est divisé et les politiques populistes du général-président Carlos Ibáñez ne laissent rien présager de bon. À Washington, on cherche donc à restaurer l’influence des États-Unis dans la région.C’est dans ce contexte qu’en juin 1955, Theodore Schultz, Earl Hamilton, Arnold Harberger et Simon Rottenberg, tous représentants de l’Université de Chicago, débarquent à Santiago pour y signer un accord avec l’Université Pontificale Catholique du Chili. L’objet de l’…

Non, Salvador Allende n’était pas « sur le point de réussir »

Au centre, Allende et Brezhnev, le 11/12/1972 à Moscou.Parmi les nombreuses tartes à la crème qu’on voit circuler sur les Internets, il y a l’idée prégnante et manifestement reçue par beaucoup selon laquelle Salvador Allende était « sur le point de réussir » quand la CIA l’a remplacé par la junte d’Augusto Pinochet. Non. À moins que par « réussir » vous entendiez « réussir à instaurer une dictature » à la mode cubaine ou soviétique, rien n’est plus faux. Un rapide retour sur ces trois années s'impose.Lorsque Salvador Allende, candidat d’une coalition qui regroupait presque tous les partis de gauche du Chili, arrive premier à l’élection présidentielle du 4 septembre 1970 avec 36.2% des voix, il n’est pas pour autant élu. En effet, la constitution chilienne de l’époque voulait que si aucun candidat n’emportait la majorité des suffrages, les deux premiers seraient départagés par un vote du Congrès. Allende devait donc convaincre les parlementaires chiliens de lui apporter leurs suffr…