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Articles

Affichage des articles du septembre, 2011

L'expérience de fiat monnaie continue

Le mardi 30 août, Charles Evans, le président de la Fed de Chicago, estimait que la banque centrale américaine pourrait mettre en œuvre une politique monétaire encore plus accommodante malgré les signes d’amélioration de la conjoncture. Le même jour, Narayana Kocherlakota, son homologue de Minneapolis déclarait qu’il était susceptible de reconsidérer son opposition à un nouvel « assouplissement ». Voilà donc deux des douze membres du Federal Open Market Committee (FOMC), l’instance qui décide de la politique monétaire américaine, qui évoquent explicitement leur adhésion à l’idée selon laquelle la Federal Reserve devrait se montrer encore plus accommodante qu’elle ne l’a été au cours des trois dernières années et ce, à quelques jours de la prochaine réunion du FOMC (20/21 septembre). Clairement : le troisième round de Quantitative Easing (i.e. QE3) est officiellement sur la table et l’annonce par Ben Bernanke de son intention de maintenir le taux des Fed Funds à zéro jusqu’à mi-2013 su…

Capitalisme.fr #1

Selon les meilleures estimations dont nous disposions [1], le coût global du programme Rafale s’établissait en 2009 à quelques 40,69 milliards d’euros sur la base de 286 appareils [2]. Au total, un Rafale coûte donc 142,3 millions d’euros dont 101,1 millions en coûts de production stricto sensu et 41,2 millions qui correspondent pour l’essentiel, je le suppose, à l’amortissement des frais de développement. Les dernières fois que M. Dassault a essayé d’exporter son appareil, il semble – je dis bien « il semble » tant les ventes d’armes entre Etat sont transparentes – qu’il ait fixé son prix aux alentours de 100 millions d’euros. Et à ce prix, M. Dassault – et ce, malgré l’appui de M. Sarkozy dans son rôle de VRP de luxe – n’a pas vendu le moindre appareil. Pas un seul. Sur les conseils de son directeur commercial [3], notre avionneur a même proposé une remise de pratiquement 50% aux brésiliens (50 millions, soit le même prix que pour l’Etat français). Sans succès. Mais n’ayons pas d’in…

Le gambit des pions

Aux échecs, le gambit est une manœuvre qui consiste à sacrifier une pièce – en général un pion jugé sans importance – dans le but d’obtenir un avantage stratégique sur son adversaire. Appliquée à la chose politique, les pions étant de gentils électeurs suffisamment naïfs pour croire qu’on leur veut du bien, cette stratégie peut s’avérer particulièrement machiavélique et démontrer l’absence totale de scrupules de celui ou celle qui la met en œuvre. Dernière illustration en date par Jean-Luc Mélenchon :

La dernière grande idée de Monsieur Mélenchon consiste donc à augmenter le Smic à 1 700 bruts par mois et à financer cette mesure, notamment, en limitant la rémunération mensuelle maximale des français à 30 000 euros par mois. S’il est une chose absolument certaine c’est que, d’un point de vue purement politique, la manœuvre est tout ce qu’il y a de plus rationnelle : ni vous ni moi ne connaissons beaucoup de gens payés au Smic qui refuseraient une augmentation de 350 euros bruts par moi…

Ordre spontané, illustration #589,789,145,104

Saurez-vous repérer celui qui dirige la manoeuvre ?



Via l'ami Hohenfels que je salue au passage ;)

Laissez faire, morbleu ! Laissez faire !!

On raconte que vers 1680 Jean-Baptiste Colbert rencontra un groupe de commerçants lyonnais et leur demanda ce que l’Etat pouvait faire pour les aider à faire prospérer leurs affaires. Selon la légende, le représentant des hommes d’affaires, un certain Monsieur Le Gendre, fît une réponse toute simple au ministre : « Laissez-nous faire ».

Trois siècles plus tard, Barack Obama, président de la première puissance mondiale, se demande à son tour ce que l’Etat peut faire pour stimuler l’économie. En février 2009, il signait le « American Recovery and Reinvestment Act », un plan de relance de 787 milliards de dollars destiné à stimuler l’économie américaine. Mais cela n’a pas fonctionné. La Federal Reserve a fait baisser les taux d’intérêt à zéro et enchainé deux plans de « Quantitative Easing ». Mais cela n’a pas fonctionné. Alors Monsieur Obama envisage un nouveau plan de relance de 447 milliards de dollars et sa banque centrale prépare un troisième plan de « Quantitative Easing » [1] et v…

Le bonheur dans la servitude

C’est un fait entendu, si on laisse les hommes faire ce qu’ils veulent, ils utiliseront cette liberté pour faire du tort non seulement aux autres mais aussi à eux-mêmes. L’homme, c’est sa nature, est un être mauvais et irresponsable ; un loup pour ses semblables et un danger pour lui-même. C’est pour cette raison qu’il faut le contraindre par des lois qui l’empêchent de faire ce que son cœur lui dicte et l’obligent à faire ce qu’il n’aurait pas fait s’il n’y était pas contraint. Et c’est pour faire respecter ces lois qu’il faut faire usage de la coercition, de la force si nécessaire ; c'est-à-dire qu’il faut un Etat [1]. Bien sûr, ce principe général ne peut s’appliquer ni à toi-même, cher lecteur, ni aux politiciens que tu désires voir diriger l’Etat.

Il ne peut s’appliquer à toi-même puisqu’en appelant l’intervention de la puissance publique de tes vœux, tu démontres ta sagesse et le souci que tu as de ton prochain. C’est là toute la différence : ce que désire le cœur du commun …

Nouvelle lettre à Ménécée

Par Pierre Lison [1], trouvée sur Nicomaque et relayée par XP.

« Cher Ménécée,

J’ai lu avec grand plaisir la lettre que tu m’as envoyée. Ainsi tu désires t’engager dans la chose publique ! C’est une bonne chose. La Cité a grand besoin de citoyens comme toi. Travailler pour notre Cité est une activité digne d’un homme libre. Je connais ta valeur, et je ne crois rien exagérer en affirmant que tu représentes un grand espoir pour rétablir la concorde et la justice pour nos concitoyens.

Néanmoins, je dois impérativement te mettre en garde. La place publique est pleine de dangers, auxquels n’est pas préparé l’honnête homme. Ces dangers ont un nom : ce sont les idées fausses. Tout ce qui arrive dans la société où nous vivons est le résultat des idées. Le bon et le mauvais. Ce qu’il faut, ce qu’il te faut pour servir la Cité, c’est combattre les idées fausses.

Par le biais de cette lettre, je veux t’entretenir des dangers qui t’attendent, et des moyens de les combattre. Pour triompher, tu de…

Tant qu’il y aura des rêveurs…

Dans son « Peter Thiel, un Ravachol ultralibéral », Jérôme Leroy évoque le projet un peu fou du patron de Paypal qui souhaite créer une petite société sans Etat sur une île artificielle au large de San Francisco et en profite pour nous parler de ce fameux mouvement « libertarien » américain. Quand Jérôme me lance une balle ; je la saisis au bond.

Un petit retour en arrière s’impose. Le libéralisme, le vrai, est une idée qui est née en Europe au siècle des Lumières. Il plongeait ses racines bien plus profondément dans l’histoire de la pensée – Aristote, Lao Tseu, les scolastiques de l’école de Salamanque… – mais c’est certainement au cours de ce XVIIIème siècle qu’il est devenu, comme en réaction contre l’absolutisme royal, un système de pensée cohérent et formalisé. Parmi nos pères : Turgot, Smith, Say, Locke, Hume, Condillac ou Montesquieu pour ne citer que quelques noms. Le libéralisme, le vrai, devient alors un ensemble philosophique qui fonde sa conception de la société des hommes…

Taxe sur les loyers abusifs

Benoist Apparu vient d’annoncer qu’une nouvelle « taxe sur les microsurfaces » devrait être débattue dans le cadre de la loi de finances 2012. Le gouvernement entend ainsi dissuader les propriétaires de petits logements – d’une dizaine de mètres carrés, c’est à dire des chambres de bonnes – de pratiquer des loyers jugés « abusifs » par le ministère de l’Ecologie [1]. Le principe, tel qu’il est présenté aujourd’hui, consiste à taxer les loyers au-delà d’un seuil fixé à 40 euros le mètre carré (hors charges) selon un barème progressif par paliers de 10% à 40%. Par exemple, selon le porte-parole du ministère, « une chambre de 10 mètres carrés, louée 800 euros, dépassera de deux fois le seuil et se verra appliquer un taux de 40%, soit 320 euros de taxe ».

Raisonnons un instant. Si, comme M. Apparu l’affirme, l’objectif du gouvernement est de faire baisser les loyers, il doit faire en sorte que les bailleurs aient matériellement intérêt à réduire les loyers qu’ils réclament à leurs locatai…

Le diable rouge

- Colbert : « Pour trouver de l’argent, il arrive un moment où tripoter ne suffit plus. J’aimerais que Monsieur le Surintendant m’explique comment on s’y prend pour dépenser encore quand on est déjà endetté jusqu’au cou… »

- Mazarin : « Quand on est un simple mortel, bien sûr, et qu’on est couvert de dettes, on va en prison mais l’État… L’État, lui, c’est différent. On ne peut pas jeter l’État en prison. Alors, il continue, il creuse la dette! Tous les États font cela. »

- Colbert : « Ah oui ? Vous croyez ? Cependant, il nous faut de l’argent et comment en trouver quand on a déjà créé tous les impôts imaginables ? »

- Mazarin : « On en crée d’autres. »

- Colbert : « Nous ne pouvons pas taxer les pauvres plus qu’ils ne le sont déjà. »

- Mazarin : « Oui, c’est impossible. »

- Colbert : «Alors, les riches ?»

- Mazarin : « Les riches, non plus. Ils ne dépenseraient plus. Un riche qui dépense fait vivre des centaines de pauvres. »

- Colbert : « Alors, comment fait-on ? »

- Mazarin : « Colb…

Le protectionnisme, c'est la guerre.

A l’heure j’écris ces lignes [1] Jean-Pierre Chevènement (MRC), Nicolas Dupont-Aignan (DLR), François Loos (UMP) et Arnaud Montebourg (PS) se réunissent à l’Assemblée Nationale pour un colloque intitulé « Protéger les intérêts économiques de la France : quelles propositions ? ». Etant donné l’identité des participants et le fait que cette rencontre ait été organisée par l’association « Pour un débat sur le libre-échange » [2], je n’ai que peu de doute sur la nature des propositions en question ; appelez ça « démondialisation » [3], « patriotisme économique » ou « protection des intérêts économiques de la France », ça reste du protectionnisme et puisque ces messieurs veulent en débattre, je suis volontaire.

Je ne porterais pas mon argument sur la nocivité économique des politiques protectionnistes. Cette idée est avancée par les partisans de politiques économiques dirigistes qui savent pertinemment que l’Etat n’a de pouvoir que sur le territoire national et que l’ouverture de nos front…

Fiat monnaie, et monnaie fuit...

Voici le principe du mécanisme de création monétaire tel qu’il existe aujourd’hui : la banque centrale détient la « planche à billet » et donc le monopole de l’émission de billets de banque [1] ; si cette proposition vous semble inexacte, je vous invite à essayer d’imprimer des euros ou tout autre signe monétaire destiné à remplacer les euros [2]. Lorsque la banque centrale décide de faire baisser les taux d’intérêts – peu importe le motif pour l’instant – elle procède en général de la manière suivante : elle « imprime » des euros et les utilise pour racheter des actifs (principalement des obligations d’Etat) ; ce faisant, elle verse donc les nouveaux euros créés sur les comptes bancaires de ceux qui lui ont vendu les actifs en question ; c’est ce qu’on appelle une opération d’« open market » [3].

Une banque, c’est une entreprise qui vous emprunte votre argent à très court terme (c'est-à-dire que vous pouvez le récupérer quand vous le souhaitez) pour le prêter à long terme (pour u…

L’anarchie routière

De mémoire de lausannois, on avait jamais vu ça. Ce mercredi 7 septembre entre 7h45 et 8h50 du matin, une quinzaine de jours après la rentrée des classes, en pleine semaine et à l’heure de pointe il n’y avait pratiquement aucun bouchon dans la capitale vaudoise. Selon Georges-Marie Bécherraz, qui rapporte l’évènement pour 24heures.ch, « le trafic s’est écoulé avec une fluidité comme on n’en voit que le dimanche à une heure pareille de la journée ». L’origine de ce petit miracle ? Eh bien tout simplement une panne d’électricité qui a rendu les feux de circulation inopérants dans une bonne partie du centre-ville. Pendant un peu plus d’une heure, la circulation de Lausanne n’était plus régulée ; c’était, à proprement parler, l’anarchie.

On se serait attendu à une circulation totalement bloquée, à de la taule froissée et à quelques solides empoignades entre helvètes exaspérés mais il n’en fût rien : la circulation a rarement été aussi fluide, il n’y a eut aucun accrochage à déplorer et to…

Cette fameuse loi de 1973

Un des grands chevaux de bataille des « souverainistes monétaires », c'est-à-dire de ceux qui plaident pour un retour au franc dans le but explicite de le dévaluer dans la foulée, c’est l’abrogation de cette fameuse loi n°73-7 du 3 janvier 1973 sur la Banque de France et particulièrement de son 25ème article qui stipule que «le Trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l'escompte de la Banque de France.» Traduction : l’Etat n’a pas le droit de financer directement la dépense publique en faisant tourner la planche à billet. Contrairement à ce qu’affirment les complotistes d’extrême droite et leurs alliés objectifs d’extrême gauche, l’objet de cette loi n’est pas de «livrer la France [1] pieds et poings liés au pouvoir financier» mais bel et bien d’empêcher ceux qui nous gouvernent de lever un impôt arbitraire, sans aucun contrôle parlementaire, sur l’ensemble des citoyens. Accroître la masse monétaire provoque de l’inflation et l’inflation, c’est un impôt …

Taxe soda et conséquences inattendues…

J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer la «taxe soda» annoncée par François Fillon le 24 août dernier et me fais donc un devoir d’assurer un minimum de suivi sur le sujet. Voici donc les dernières nouvelles :

Coca Cola Entreprise, la filiale française du groupe, vient de publier un communiqué de presse dans lequel ils annoncent l’annulation de la célébration des 40 ans de l’usine des Pennes-Mirabeau (à coté de Marseille) prévue le 19 septembre prochain et de «réévaluer» l’opportunité de procéder à un investissement supplémentaire de 17 millions d’euros [1] sur ce même site de production. La firme d’Atlanta entend ainsi «protester symboliquement» contre cette taxe qui, estiment-ils, sanctionne leur entreprise et stigmatise leurs produits. Pour mémoire, Coca Cola maintient cinq sites de production en France, emploie 3 000 français [2] et a investi plus de 260 millions d’euros dans notre pays depuis 2004.

Aux souverainistes, dirigistes et autres thuriféraires de la toute-puissance étatique qu…

Qui l’avait vu ?

Mark Thornton, sans aucun doute, dès juin 2006.

« La bulle immobilière qui commencé à la fin des années 1990 est un exemple classique d’échec gouvernemental appliqué aux crises immobilières. L'inflation de la masse monétaire qui a accompagné la politique de crédit bon marché de la Fed a conduit à une frénésie d'emprunt et de construction d'une échelle sans précédent. Le nombre de nouveaux logements construits, le prix des maisons neuves et existantes, et le montant total de l'investissement immobilier, tout indique que la politique de la Fed, combinée avec une politique fiscale favorable et des pratiques de crédit subventionnées par le contribuable [1], a créé la bulle immobilière.

La bulle n'est qu’une bulle d'air chaud. Des ressources réelles sont impliqués, qui ont été mal allouées pendant la bulle et qui devront subir des ajustements douloureux au lendemain de la bulle. Cela impliquera le chômage, des forclosures [2], et la faillite de nombreuses personnes, e…

L’Etat peut tout, notamment le pire

Yuri Maltsev [1], un des membres de l’équipe chargée de préparer la perestroika, nous rapporte une anecdote amusante. Ça se passe en 1986, quand Mikhaïl Sergeyevich Gorbatchev, sixième secrétaire général du Parti communiste de l'Union soviétique, lance une grande campagne destinée à combattre les « revenus malhonnêtes » – c'est-à-dire tous les revenus autres que les salaires officiels versés par le gouvernement. Le fait est qu’à cette époque, le marché noir est absolument partout en URSS : les bureaucrates du parti chargé d’appliquer la réforme devront passer des milliers de jardin potagers au bulldozer pour tenter de mettre fin au commerce illicite de fruits et légumes.

Une des mesures de cette campagne prévoyait de contrôler strictement les prix dans les magasins coopératifs de manière à ce qu’ils ne s’écartent pas des prix pratiqués dans les magasins d’Etat. Par exemple, la viande de bœuf était supposée coûter 4 roubles par kilo tandis que la viande de lapin devait se vendr…

Il faut réduire la dépense publique

Lorsque, le 24 août 1774, Louis le seizième annonce la nomination de Turgot au poste éminent de contrôleur général, les finances du royaume sont dans une situation des plus critiques. Sur la seule année 1770, par exemple [1], les dépenses royales se montent à 277,4 millions de livres tournois pour une revenu net de 164,4 millions ; soit un déficit budgétaire de 108 millions largement creusé par les intérêts de la dette.

Il n’y avait, à l’époque, pas d’euros, pas de mondialisation [2], pas de loi de 1973 et le moins que l’on puisse dire c’est que l’économie française était tout sauf libérale. En revanche, il y avait une monarchie qui dépensait sans compter et un peuple de France qui étouffait sous le poids de l’impôt. Le programme de Turgot, tel qu’il le présente lui-même au roi dès le lendemain de sa nomination, se résume en une phrase : «Point de banqueroute, point d'augmentation d'impôts, point d'emprunts.»

«Point de banqueroute» parce Turgot sait qu’un Etat qui annule sa…