Accéder au contenu principal

Cas pratique : commerces de proximité.

Il y a quelques jours, en me promenant dans le centre ville de Marseille, je suis tombé, pour la première fois de ma vie, sur un Casino Shopping. Il faut que je vous dise, amis lecteurs, que si je ne déteste pas plus que ça faire mes courses, il y a une chose que j’abhorre : ce sont les supermarchés. Je hais leurs rayons interminables bourrés de milliers de références identiques, j’exècre leurs musiques d’ambiances exaspérantes, je vomis leurs éclairages cliniques, je maudis l’attente interminable aux caisses… bref, j’ai une sainte horreur de toutes les grandes surfaces du super à l’hypermarché.

Mais là, le Casino Shopping m’a bluffé.

Comment vous dire ? Dés la porte franchie, un parfait inconnu – qui semble rétrospectivement être le gérant du magasin – me gratifie d'un « bonjour monsieur » façon Pagnol. Je sais, on est à Marseille et à Marseille c’est l’usage mais tout de même, pas dans un supermarché. Ensuite le design des lieux : parquet, rayons tout en rondeur, clairs, accessibles et biens présentés – pour un peu on se serait cru dans une parfumerie. Et le reste s’enchaine : musique discrète, produits choisis, prix normaux, surface limité (560m²), circulation facile, comptoir en bois... Un ovni vous dis-je ! Jugez vous-mêmes :

Alors je me suis renseigné auprès d’une des meilleures spécialistes en commerce de proximité dans le centre ville de Marseille. J’ai nommé : mon épouse. Eh bien le machin a effectivement ouvert cette année et il fait visiblement l’unanimité, notamment auprès de la gent féminine (renseignements pris sur le site de Casino, l’ambiance girly c’était fait pour). Mieux encore, Casino a en fait été devancé dans ce créneau par Carrefour qui a lancé son concept Carrefour City dès janvier 2009. Et effectivement, en y faisant attention, j’en ai repéré trois en 30 minutes de promenade dimanche matin.

Oh miracle ! Les grands manitous de la grande distribution m’ont enfin compris. Après s’être obstiné, pendant des décennies, à ouvrir leurs chambres froides géantes en banlieue, ils ont enfin eut la présence d’esprit de penser à mon insignifiante personne et se sont lancé dans l’ouverture de petites surfaces de proximité. Tous en même temps. La même idée. Un doute m’étreint. On me reproche souvent de toujours tout mettre sur le dos des interventions publiques mais là, vraiment, je n’y suis pour rien. Si Carrefour et Casino se jettent en même temps et avec un tel entrain sur le même segment de marché, ça ne peut pas être du au hasard. Alors j’ai cherché.

Et j’ai trouvé.

Figurez-vous que, pour des raisons que seuls des politiciens peuvent connaitre, les gouvernements qui ont successivement présidé aux destinées de notre pays ont cru bon, depuis le début des années 1970, de limiter sévèrement la concurrence dans la grande distribution. Les français étaient sans doute considérés comme trop riches à moins que le législateur ait estimé que la rapacité des consommateurs soit de nature à ruiner les Carrefour, Auchan et autres Leclerc. Quoiqu’il en soit, la méthode retenue consiste à soumettre l’ouverture d’un nouveau magasin à autorisation d’une des commissions départementales d'équipement commercial ; à l’origine, la loi de 1969 ne concerne que les surface de plus de 3 000m², le seuil au delà duquel une autorisation est obligatoire est ensuite rabaissé à 1 000 m² en 1973 (loi dite « Royer »), puis à 300 m² en 1996 (loi dite « Raffarin »).

Evidemment, comme n’importe quel étudiant en première ou deuxième année d’économie vous le dira, cet arsenal réglementaire et bureaucratique a principalement eut pour effet de créer des petits monopoles locaux (et donc des prix plus élevés pour les consommateurs), de réduire la concurrence entre employeurs (et donc des salaires plus bas) et, d’une manière générale, limiter la capacité du secteur de la grande distribution à créer des emplois. Carton plein. Heureusement, après 40 ans d’errements et de réglementation nuisible, la loi de modernisation de l’économie, votée en juillet 2008, révolutionnera le paysage règlementaire français [ sarcasme ] en remontant le seuil à 1 000 m².

Entrée en vigueur au 1er janvier 2009 et hop ! Des Casino Shopping et des Carrefour City partout.

Commentaires

  1. ha! ben j'étais entrée dans le carrefour city de vers chez mon centre ville, et je m'avais fait la même réflexion! -mais sans les mots, je sais pas réfléchir avec des mots-
    c'est pile exactement ça. même en province.
    non mais alors, cette "non concurrence", dans ce cas, c'est franchement du pourrissement forcé.
    c'est comme nos églises avec tous les empêchements de crépir en rond dus aux beaux arts.
    c'est comme tout ce pays, quoi?
    tout ça pour engraisser des bureaucrates dont le seul rôle est de faire des lois pour tous empêcher de fonctionner.
    pfff.

    RépondreSupprimer
  2. 40 ans pour abroger une loi idiote !
    Des siècles pour en finir avec les milliers de lois qui constituent le code du travail ou le code fiscal

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Brandolini’s law

Over the last few weeks, this picture has been circulating on the Internet. According to RationalWiki, that sentence must be attributed to Alberto Brandolini, an Italian independent software development consultant [1]. I’ve checked with Alberto and, unless someone else claims paternity of this absolutely brilliant statement, it seems that he actually is the original author. Here is what seems to be the very first appearance of what must, from now on, be known as the Brandolini’s law (or, as Alberto suggests, the Bullshit Asymmetry Principle):The bullshit asimmetry: the amount of energy needed to refute bullshit is an order of magnitude bigger than to produce it.— ziobrando (@ziobrando) 11 Janvier 2013To be sure, a number of people have made similar statements. Ironically, it seems that the “a lie can travel halfway around the world while the truth is still putting on its shoes” quote isn’t from Mark Twain but a slightly modified version of Charles Spurgeon’s “a lie will go round the w…

Le socios de Le Média

Pour devenir socio de Le Média, la future web-TV des amis de M. Mélenchon, vous devez (i) acquérir un ou plusieurs titres de propriété de Le Média (5 euros l’unité) et (ii) régler une contribution destinée à « financer le Média » (en fonction de vos revenus de 50, 80, 120 ou 200 euros). C’est le paiement de ces deux sommes, appelé droit d’entrée, qui fait de vous un socio. Les conditions générales stipulent très clairement qu’aucune cotisation n’est demandée.En contrepartie, vous promettent-ils, vous deviendrez propriétaire du nouveau média (selon la homepage) ou, du moins, d’une partie de celui-ci via l’association « Le Média » (selon la page socios, j'y reviens) et vous bénéficierez d’un certain nombre de « services exclusifs » comme, par exemple, le droit de publier un avis et de commenter les programmes ou, plus prosaïquement, celui d’avoir votre nom au générique d’un programme de votre choix.À l’heure où j’écris ces lignes, Le Média revendique 9 421 socios pour 1 117 972 eur…

Les prix « avant l’euro »

(J’ai l’intention de compléter cet article au fur et à mesure. Si vous avez des prix à proposer (avec des sources crédibles), n’hésitez pas à le me suggérer dans les commentaires.)L’euro a été introduit en deux temps. La première étape a eu lieu le 1er janvier 1999 à minuit, quand le taux de change irrévocable des différentes monnaies nationales par rapport à l’euro a été fixé définitivement — soit, pour ce qui nous concerne, 1 euro = 6.55957 francs. La seconde étape, l’introduction des pièces et billets en euro, s’est étalée sur un mois et demi : du 1er janvier 2002 au 17 février 2002 ; date à laquelle les espèces en franc ont été privées du cours légal [1] — c’est-à-dire qu’il était interdit de les utiliser ou de les accepter en règlement d’une transaction.SalairesÀ compter du 1er juillet 2000, le SMIC horaire brut était fixé à 42.02 francs soit, pour avec une durée légale du travail de 39 heures par semaine (169 heures par mois), 7 101.38 francs bruts par mois. Le 1er juillet 2001,…