Accéder au contenu principal

Colbert et la « grandeur de la France »

Les partisans du protectionnisme se placent volontiers sous le patronage de Colbert ; vantant à quel point l’illustre homme d’Etat avait enrichit le royaume. Dans son « Projet d'une dixme royale », Vauban nous offre une vision quelque peu différente de la France une vingtaine d’années après Colbert.

« Par toutes les recherches que j’ay pû faire, depuis plusieurs années que je m’y applique, j’ay fort bien remarqué que dans ces derniers temps, prés de la dixiéme partie du peuple est réduite à la mandicité, et mandie effectivement ; que des neuf autres parties, il y en a cinq qui ne sont pas en état de faire l'aumône à celle-là, parce qu’eux-mêmes sont réduits, à trés-peu de chose prés, à cette malheureuse condition ; que des quatre autres parties qui restent, les trois sont fort mal-aisées, et embarassées de dettes et de procés ; et que dans la dixiéme, où je mets tous les gens d’épée, de robbe, ecclesiastiques et laïques, toute la noblesse haute, la noblesse distinguée, et les gens en charge militaire et civile, les bons marchands, les bourgeois rentez et les plus accommodez, on ne peut pas compter sur cent mille familles ; et je ne croirois pas mentir, quand je dirois qu’il n’y en a pas dix mille petites ou grandes, qu’on puisse dire être fort à leur aise ; et qui en ôteroit les gens d’affaires, leurs alliez et adherans couverts et découverts, et ceux que le roy soûtient par ses bienfaits, quelques marchands, etc. Je m’assure, que le reste seroit en petit nombre. »

L’éternel travers socialiste qui tend à confondre la Société et l’Etat est d’autant plus grotesque quand l’Etat est le domaine privé du roi. En revanche, Colbert fût un excellent banquier privé.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Brandolini’s law

Over the last few weeks, this picture has been circulating on the Internet. According to RationalWiki, that sentence must be attributed to Alberto Brandolini, an Italian independent software development consultant [1]. I’ve checked with Alberto and, unless someone else claims paternity of this absolutely brilliant statement, it seems that he actually is the original author. Here is what seems to be the very first appearance of what must, from now on, be known as the Brandolini’s law (or, as Alberto suggests, the Bullshit Asymmetry Principle):The bullshit asimmetry: the amount of energy needed to refute bullshit is an order of magnitude bigger than to produce it.— ziobrando (@ziobrando) 11 Janvier 2013To be sure, a number of people have made similar statements. Ironically, it seems that the “a lie can travel halfway around the world while the truth is still putting on its shoes” quote isn’t from Mark Twain but a slightly modified version of Charles Spurgeon’s “a lie will go round the w…

Les Chicago Boys, Milton Friedman et Augusto Pinochet

Cinq Chicago Boys vers 1957
(dont Sergio de Castro, à droite)Tout commence en 1955. Nous sommes alors en pleine guerre froide et les deux grands blocs — l’URSS et les États-Unis — se livrent une lutte sans merci pour accroître leurs zones d’influences respectives. Dans la longue liste des terrains d’affrontement, l’Amérique Latine figure en bonne place et le Chili n’échappe pas à cette règle. La situation chilienne, du point de vue américain, est particulièrement inquiétante : la gauche y vire marxiste, le reste du spectre politique est divisé et les politiques populistes du général-président Carlos Ibáñez ne laissent rien présager de bon. À Washington, on cherche donc à restaurer l’influence des États-Unis dans la région.C’est dans ce contexte qu’en juin 1955, Theodore Schultz, Earl Hamilton, Arnold Harberger et Simon Rottenberg, tous représentants de l’Université de Chicago, débarquent à Santiago pour y signer un accord avec l’Université Pontificale Catholique du Chili. L’objet de l’…

Non, Salvador Allende n’était pas « sur le point de réussir »

Au centre, Allende et Brezhnev, le 11/12/1972 à Moscou.Parmi les nombreuses tartes à la crème qu’on voit circuler sur les Internets, il y a l’idée prégnante et manifestement reçue par beaucoup selon laquelle Salvador Allende était « sur le point de réussir » quand la CIA l’a remplacé par la junte d’Augusto Pinochet. Non. À moins que par « réussir » vous entendiez « réussir à instaurer une dictature » à la mode cubaine ou soviétique, rien n’est plus faux. Un rapide retour sur ces trois années s'impose.Lorsque Salvador Allende, candidat d’une coalition qui regroupait presque tous les partis de gauche du Chili, arrive premier à l’élection présidentielle du 4 septembre 1970 avec 36.2% des voix, il n’est pas pour autant élu. En effet, la constitution chilienne de l’époque voulait que si aucun candidat n’emportait la majorité des suffrages, les deux premiers seraient départagés par un vote du Congrès. Allende devait donc convaincre les parlementaires chiliens de lui apporter leurs suffr…