Accéder au contenu principal

Lettre ouverte aux Marseillais

Chers tous,

Il y a environ 2600 ans, des grecs venus de Phocée débarquèrent sur les rives du Lacydon est y fondèrent un comptoir commercial. Une cinquantaine d’années plus tard [1], les Phocéens qui fuyaient l’invasion des perses de Cyrus II vinrent se réfugier dans leur colonie et, de simple relais commercial, Marseille devînt une ville.

Marseille c’est la métropole – la cité-mère –d’Agde, d’Antibes, de Hyère, de Nice et d’Aléria, c’est l’alliée de Rome et la concurrente de Carthage, la première ville de France et un des plus importants ports antiques de Méditerranée occidentale. C’est aussi la ville d’Euthymènes qui explora les côtes africaines au-delà des colonnes d’Hercule et celle de Pythéas qui remonta jusqu’au Groenland et s’approcha du cercle polaire. Marseille c’est encore la ville par laquelle la vigne [2], la religion chrétienne et l’écriture sont arrivés en Gaulle ; c’est de cette même ville que Strabon disait qu’« il n'y en a pas dont les lois soient meilleures » [3].

Notre ville c’est des siècles d’histoire, une ville qui est née et a prospéré de son commerce, de son ouverture sur le monde et de l’esprit d’entreprise des marseillais. Elle a survécu à César, aux Wisigoths, aux Ostrogoth, aux Francs, aux Sarrasins, aux Vikings, aux Catalans, à la peste, à Charles Quint et aux nazis. Fière et rebelle, jalouse de son indépendance, rien n’avait jamais réussit à réduire notre ville au silence.

Qu’avons-nous fait de notre ville ?

Là où les cannons du fort Saint-Nicolas [4] ont échoué à nous mater, l’Etat centralisateur a fini par nous réduire à une dépendance honteuse. Là où, pendant plus de deux millénaires, Marseille fût cet extraordinaire creuset où tout les peuples de la Méditerranées vivaient en bonne intelligence, les grands ensembles des quartiers nord et les « politiques sociales » de l’Etat ont réussit à nous diviser comme nous ne l’avons jamais été. Là où le gouvernement de notre ville faisait l’admiration de Strabon, nous avons laissé proliférer une classe politique corrompue qui chaque jour nous ridiculise aux yeux de ceux qui savent encore que Marseille existe. Là, enfin, où notre ville est née – le port – nous avons laissé s’installer des organisations mafieuses qui chaque année réduisent un peu plus à néant l’instrument de notre prospérité pendant des siècles. Il est inutile que je vous donne des noms, des chiffres et des faits : vous les connaissez tous, et mieux que la cours des comptes.

Aujourd’hui, on veut nous vendre un « forum mondial de l'eau », « Marseille-Provence capitale européenne de la culture » et – encore ! – du football avec l’Euro 2016. C’est ça Marseille ? Une ville subventionnée ? Une ville qui n’a rien d’autre à espérer de l’avenir que les emplois public des chantiers d’Euromed et des allocations chômage ? Nous en sommes donc là ?

Il y avait, quand j’étais gamin un t-shirt qui proclamait qu’« il y a deux sortes de gens au monde : les marseillais et ceux qui rêvent de l’être ». J’appartiens à cette première catégorie et j’y appartiendrais toujours. Nom de Dieu ! J’aime cette ville ! J’y suis né, j’y ai grandi et je ne l’ai quitté, la mort dans l’âme, que pour trouver un job décent. J’aime Marseille. J’aime ses quartiers du cours Julien à Endoume en passant par la pointe rouge, j’aime ses calanques, la grande bleue, le mistral, les navettes de Saint-Victor, la Bonne Mère et jusqu’au nouveau « Féri-Bôate » [5] mais surtout et par-dessus tout, j’aime les marseillais. J’aime les marseillais parce qu’ils ont en eux cette gentillesse naturelle qui laisse croire aux parisiens qu’ils sont « superficiels ». Je les aime parce malgré leurs grandes gueules et leurs fanfaronnades, les marseillais s’écartent encore pour laisser passer les poussettes et aident les aveugles à traverser les rues. Et je les aime, enfin, parce que pour peu qu’on laisse faire, ils sont capable de tout et en particulier du meilleur.

Alors je ne sais pas pour vous mais moi, voir notre ville dans cet état, ça me met en rage. Je ne supporte plus les dockers et les grutiers du port, les taxis, les éboueurs, les petits réseaux et cette caste politique qui a érigé la corruption et le clientélisme en art de vivre. Je ne peux plus souffrir de voir nos minos obligés de choisir entre quitter leur ville ou pointer à Pôle Emploi en ne vivant plus qu’au travers de l’OM. Réveillons-nous ! La mondialisation ? c’est nous qui l’avons pratiquement inventé et pour une ville comme Marseille, c’est une bénédiction. Récupérons notre port, débarrassons nous des politiciens corrompus et reprenons notre destin en main. Marseille n’est rien sans les marseillais ; sauver notre ville du déclin, c’est à nous de le faire et à personne d’autre.

---
[1] En 546 av. J.-C.
[2] Probablement sur le site de l’actuelle gare St Charles.
[3] Strabon, Géographie, Livre IV, 1, 5.
[4] Construit par Louis XIV, ses cannons sont pointés vers la ville.
[5] Tout de même : la ligne maritime la plus courte du monde !

Commentaires

  1. Magnifique Ode à Marseille.

    Merci pour ce billet qui me remet du baume au coeur, ce coeur de marseillais d'adoption qui saigne chaque jour de voir cette belle cité s'enfoncer chaque jour un peu plus dans la fange où l'on plongé les politiques et les mafieux.

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Brandolini’s law

Over the last few weeks, this picture has been circulating on the Internet. According to RationalWiki, that sentence must be attributed to Alberto Brandolini, an Italian independent software development consultant [1]. I’ve checked with Alberto and, unless someone else claims paternity of this absolutely brilliant statement, it seems that he actually is the original author. Here is what seems to be the very first appearance of what must, from now on, be known as the Brandolini’s law (or, as Alberto suggests, the Bullshit Asymmetry Principle):The bullshit asimmetry: the amount of energy needed to refute bullshit is an order of magnitude bigger than to produce it.— ziobrando (@ziobrando) 11 Janvier 2013To be sure, a number of people have made similar statements. Ironically, it seems that the “a lie can travel halfway around the world while the truth is still putting on its shoes” quote isn’t from Mark Twain but a slightly modified version of Charles Spurgeon’s “a lie will go round the w…

Le prix des sardines quand les pêcheurs ont des téléphones

Soit deux petits villages de pêcheurs de sardines du sud de l’Inde. Chaque nuit, les pêcheurs de chaque bourg partent jeter leurs filets en mer et, le matin venu, ils vendent leurs prises sur la plage à la population de leurs villages respectifs. Parce qu’ils sont relativement distants l’un de l’autre et ne disposent pas de moyens de communication rapide, nos villages vivent en autarcie. C’est-à-dire que leurs habitants n’achètent de sardines qu’aux pêcheurs de leur propre village qui, symétriquement, n’en vendent à personne d’autre qu’à leurs concitoyens.Dans l’état actuel des choses, donc, la ration quotidienne de protéines des habitants de nos villages dépend exclusivement de leurs pêcheurs respectifs. Si la pêche est fructueuse, il est probable que les sardines seront bradées au marché du matin et il n’est pas impossible que les pêcheurs se retrouvent même avec des invendus — c’est-à-dire des poissons bons à jeter. Si, au contraire, la pêche de la nuit a été mauvaise, vous pouvez …

Le paradoxe des oignons

Cette fois-ci, c’est l’inénarrable Paul Jorion qui s’y colle dans un article publié le 26 septembre 2013 sur challenges.fr : « il faut, nous assène l’histrion médiatique, supprimer la spéculation. »Nous-y revoilà. C’est une antique tradition. Déjà, sous l’Ancien Régime, on avait coutume de faire porter le chapeau des aléas climatiques et des politiques imbéciles aux accapareurs ; aujourd’hui, force est de constater que rien n’a changé et qu’on trouve toujours, à la barre du tribunal révolutionnaire, un accusateur public prêt à dénoncer les méfaits des spéculateurs. Si les prix montent, qu’on les pende ; si les prix baissent, qu’on promène leur tête au bout d’une pique ! Au royaume du mensonge, la dénonciation de l’ennemi du peuple tient toujours lieu de pensée.Plutôt que de rentrer dans un débat théorique, je vous propose une approche purement expérimentale, une vérification empirique qui, si elle ne satisfait sans doute pas les conditions requises sur une paillasse – c’est le lot com…