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Iwy, surfez en toute sécurité

S’il y a bien un endroit où les gens risquent d’abuser gravement de leurs libertés, c’est internet. Cet immense far-west numérique et sauvage est devenu avec le temps un espace d’une extrême dangerosité où des individus peu recommandables et sans aucune qualification dument reconnue par l’Etat donnent leur avis sur tout et n’importe quoi, écoutent de la musique sans avoir acheté de galettes en plastique, diffusent les petits secrets que nos gouvernants auraient bien aimé nous cacher et – comble de l’horreur – organisent même des révolutions.

Quand Nicolas Sarkozy nous avait annoncé son intention de « civiliser internet », avouez-le, vous aviez esquissé le début d’un sourire narquois. Vous avez sans doute pensé à Christine Albanel, ex-ministre de la Culture [1] et de la Communication, passionaria des « firewall open office » [2] et conceptrice d’Hadopi, ce dispositif plein d’avenir que le monde entier nous envie, qui fait hurler de rire les pirates en herbe dès leur première année de collège et qui n’a pas finit de faire rire jaune leurs parents moutontribuables (en 2011, la bestiole devrait tout de même nous coûter 12 millions d’euros).

Eh bien vous avez eut tort parce que figurez vous que le décret n° 2011-219 du 25 février 2011 « relatif à la conservation et à la communication des données permettant d'identifier toute personne ayant contribué à la création d'un contenu mis en ligne » vient de passer au journal officiel et que ce machin là est beaucoup moins drôle. Avant toute chose, le nom de l’animal étant un peu long, je vous propose de l’appeler Iwy pour « Is Watching You » [3].

Comme son nom officiel le suggère, Iwy oblige désormais les fournisseurs de services sur internet à stocker consciencieusement toutes les données que vous auriez malencontreusement laissé traîner sur la toile pendant un an afin de les maintenir à disposition – par exemple – de la maréchaussée, des services du fisc ou de l’URSSaf. Toutes ? Oui toutes : vos noms, prénoms, adresses e-mail, pseudos, mots de passes, numéros de téléphone, dates de connexion, adresses IP, transactions, commentaires, billets de blog… Toutes ces petites traces de vous serons désormais stockées dans de grosses bases de données et, au regard des progrès fulgurants réalisés ces dernières années en matière de traitement de données, vous pouvez être sûrs qu’elles ne tomberont ni dans l’oreille d’un sourd, ni dans l’œil d’un aveugle.

Autant que vous le sachiez, donc, la grande marche civilisatrice d’internet est en marche et ça va être formidable. Nous allons enfin pouvoir surfer en toute sécurité sous le regard bienveillant et protecteur d’Iwy. Si quelque parti moyennement regardant sur la question des libertés individuelles venait à prendre le pouvoir dans ce pays, il y trouverait un outil merveilleux pour veiller d’encore un peu plus près sur nous.

Plus que jamais, soyez prudents dans vos commentaires.


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[1] Je ne m’y ferais décidément jamais : nous avons, depuis 1959, des ministres de la culture – avant ça, sans doute, la France n’avait pas de culture.
[2] Ne cherchez pas, ça n’existe pas.
[3] Parce que Big Brother… En plus ça servira de nom de code pour plus tard.

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